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	<title>[Le Site]</title>
	<link>https://valentin.villenave.net/</link>
	<description>Le site de Valentin Villenave, musicien et auteur Libre.</description>
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		<title>[Le Site]</title>
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		<title>Sur la piste</title>
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		<dc:date>2016-04-11T19:10:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Compte-rendu fictif d'une exp&#233;rience imaginaire.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://url.oumupo.org/-Textes-" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Compte-rendu d'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Note 362-45.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jour : j + [ind&#233;termin&#233;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laboratoire:EILF2 &#8212; technicien exp&#233;rimentateur : A.Z.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;Observations principales :&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils courent encore. Tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains (sujets A4563-G et A4472-B) s'&#233;taient arr&#234;t&#233;s quelques heures dans la nuit (observation effectu&#233;e &#224; 03:55'), probablement par fatigue &#8212; ils ont repris leur progression au matin, &#224; une allure normale (vitesse moyenne observ&#233;e &#224; 09:25' : 2,8 m&#232;tres/seconde &#8212; moyenne sur 12 mois : 2,77 m/s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de d&#233;c&#232;s constat&#233; dans les derni&#232;res 24 heures. Les plus jeunes sujets (port&#233;es A4516 et A4483, &#226;g&#233;s respectivement de 20 et 23 jours) courent maintenant aussi vite que leur m&#232;re, ce qui facilite l'allaitement. Le nombre de survivants pour chaque port&#233;e semble s'&#234;tre stabilis&#233;, portant les taux de survie respectif &#224; 71 et 62% (moyenne sur 12 mois : 65%).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alimentation : correcte (voir tableau annexe). Les graines diss&#233;min&#233;es la semaine derni&#232;re le long du parcours ont &#233;t&#233; consomm&#233;es en quasi-totalit&#233; ; les exp&#233;rimentateurs A.J. et C.E. ont renouvel&#233; les points d'approvisionnement suivant le plan de disposition habituel. M&#234;me les zones de la piste rendues plus difficiles d'acc&#232;s par des asp&#233;rit&#233;s ou obstacles (zones D3, F3 et H5 de difficult&#233; 12 ou sup&#233;rieure) ont &#233;t&#233; explor&#233;es. L'ensemble des sujets est parvenu &#224; trouver de la nourriture en quantit&#233; suffisante dans les derni&#232;res 48 heures. (Les sujets d&#233;c&#233;d&#233;s en bas-&#226;ge constituant &#233;galement une ressource alimentaire riche et essentielle, en particulier pour les femelles A4515-B et A4482-N qui ont r&#233;cemment achev&#233; leur gestation.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;Observations compl&#233;mentaires :&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme observ&#233; pr&#233;c&#233;demment, les rats les plus vigoureux ou aventureux sont plus &#224; m&#234;me de trouver une nourriture de choix ; nos observations confirment &#233;galement l'hypoth&#232;se d'une corr&#233;lation entre l'alimentation et le succ&#232;s en mati&#232;re reproductive (voir note 362-27). Les rats dont la strat&#233;gie alimentaire consiste &#224; d&#233;rober les graines r&#233;colt&#233;es par d'autres sujets, semblent favoris&#233;s &#224; ce titre &#8212; hypoth&#232;se de travail : la domination au sein du groupe favorise-t-elle l'attractivit&#233; sexuelle ? Davantage d'observations requises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun rat, depuis maintenant deux mois (et en particulier, aucun rat de la g&#233;n&#233;ration A4500 et ult&#233;rieures) n'a essay&#233; d'emprunter le parcours en sens inverse, et aucune mesure de sanction n'a donc &#233;t&#233; requise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains rats (notamment les sujets A4563-G et A4472-B pr&#233;cit&#233;s) s'immobilisent parfois pendant quelques heures ; nous ne sommes pas parvenus &#224; d&#233;terminer si ce comportement r&#233;pond &#224; la n&#233;cessit&#233; de prendre du repos (voire, dans le cas de femelles gestantes, de mettre bas) ou &#224; des moments de r&#233;flexion, voire de questionnement sur cet environnement au trajet biscornu, fait de carton ondul&#233;, de bois et de verre, qui leur tient lieu de cadre de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Cette derni&#232;re hypoth&#232;se a &#233;t&#233; formul&#233;e au semestre dernier &#8212; voir note 358-64 &#8212; par l'exp&#233;rimentatrice V.L., qui ne fait actuellement plus partie de notre laboratoire. Cependant nous pouvons raisonnablement l'invalider : rien ne nous permet d'affirmer que certains rats s'interrogent parfois sur ce qui les pousse &#224; continuer de courir, sans cesse, dans le m&#234;me sens.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question subsiste, toutefois, quant &#224; certains param&#232;tres initiaux du protocole exp&#233;rimental : de quelle fa&#231;on les sujets originellement introduits sur ce parcours ont-ils &#233;t&#233; incit&#233;s &#224; courir tous dans ce sens pr&#233;cis plut&#244;t que dans un autre ? Certains exp&#233;rimentateurs ont &#233;mis l'hypoth&#232;se qu'un stimulus olfactif (ph&#233;romones sexuelles ou odeurs alimentaires) avait pu &#234;tre utilis&#233; &#224; l'origine, et se serait bien s&#251;r enti&#232;rement estomp&#233; depuis longtemps. D'autres postulent que le ph&#233;nom&#232;ne a pu se produire de fa&#231;on endog&#232;ne, certains rats en ayant suivi d'autres et ayant fini par entra&#238;ner tout le groupe &#8212; qui s'est depuis lors, &#233;videmment, dispers&#233; le long de la piste, &#224; plus forte raison &#224; mesure que les g&#233;n&#233;rations se sont renouvel&#233;es et succ&#233;d&#233;es, sans toutefois cesser de courir dans le m&#234;me sens. Faute d'archives exploitables, nous avons cherch&#233; des interlocuteurs ayant &#233;t&#233; pr&#233;sents lors de la mise en place initiale de l'exp&#233;rience (ce qui n'est le cas d'aucun des membres de l'&#233;quipe actuelle, ni m&#234;me de nos pr&#233;d&#233;cesseurs), mais n'en avons trouv&#233; aucun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, ce point pr&#233;cis importe peu et n'affecte en rien le r&#233;sultat de l'exp&#233;rience, quelle que soit sa dur&#233;e &#8212; laquelle reste d'ailleurs &#224; d&#233;terminer. D&#232;s leur naissance, les rats savent qu'ils doivent courir et dans quelle direction g&#233;n&#233;rale aller ; non seulement parce que c'est l&#224; le seul objet de leur existence depuis plusieurs dizaines de g&#233;n&#233;rations, mais parce que le dispositif ne leur laisse de toute fa&#231;on aucun autre choix. Ils n'ont besoin d'aucun app&#226;t, d'aucune promesse, d'aucune information sur ce vers quoi ils courent : ils courent, simplement. Tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;Addendum :&lt;/u&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; ce jour, aucun rat ne semble avoir remarqu&#233; que la piste est, en fait, circulaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;font-style:italic;text-align:right;&#034;&gt;(Avril 2016.)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Visage dans le miroir</title>
		<link>http://url.oumupo.org/Visage-dans-le-miroir</link>
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		<dc:date>2014-04-02T03:16:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;(Fragment d'autoportrait.)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://url.oumupo.org/-Textes-" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;(Fragment d'autoportrait.)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;M'observer dans un miroir est une activit&#233; que je pr&#233;f&#232;re &#233;viter. Non pas que je ne sois gu&#232;re soucieux de mon apparence : &#224; peine sorti de chez moi, je cherche mon reflet dans les fa&#231;ades vitr&#233;es, les automobiles &#224; l'arr&#234;t, les portes de m&#233;tro sit&#244;t qu'elles se referment &#8212; par rituel pr&#233;cautionneux plus que par vanit&#233; ; comme pour m'assurer que ma coiffure n'est pas trop n&#233;glig&#233;e, que mon visage ne comporte pas de boutons d'une purulence trop douteuse, que rien dans mon allure g&#233;n&#233;rale n'emp&#234;cherait que l'on me prenne au s&#233;rieux. Cette illusion d'autorit&#233;, les images fugitives de moi-m&#234;me crois&#233;es au coin des rues suffisent &#224; l'entretenir ; sans doute parce que je sais qu'elle ne r&#233;sisterait point &#224; une inspection plus attentive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le miroir, lui, est d'autant moins flatteur qu'il pr&#233;tend &#234;tre fid&#232;le. L'affrontement est in&#233;vitable, sous un &#233;clairage de face ; plus question de pr&#233;tendre ignorer les innombrables d&#233;fauts, la t&#234;te trop ronde, le nez disproportionn&#233; et les oreilles somme toute comiques ; la rar&#233;faction progressive des cheveux et l'interminable recul de la ligne frontale ; la barbe jamais correctement ras&#233;e, le teint incertain, la peau grasse et luisante dont les pores peuvent se compter un par un, constell&#233;s d'imperfections. Mais le plus insoutenable, c'est &#233;videmment ce regard qui vous scrute impitoyablement &#224; ce moment m&#234;me, ce regard fatigu&#233;, dur, lourd de sous-entendus, imp&#233;n&#233;trable quoique familier, qui vous sonde et vous jauge sans un mot. Les strat&#233;gies habituelles pour d&#233;samorcer une situation profond&#233;ment embarrassante s'av&#232;rent ici inop&#233;rantes : lorsque je m'efforce de sourire face au miroir, mon rictus est &#224; ce point atrocement insinc&#232;re que j'en prends peur moi-m&#234;me. Il n'est aucune &#233;chappatoire face &#224; cet &#339;il auquel l'on ne peut rien cacher ; tout au plus trouve-t-on un prompt refuge dans l'examen minutieux d'autres zones moins mena&#231;antes, en esp&#233;rant qu'il finira bien par faire de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; vient ce souci pour des d&#233;tails peu glorieux, tels que la d&#233;limitation des sourcils, l'apparition d'une ride ou d'un cheveux gris, tel endroit o&#249; la chair semble soudain trop flasque, telle cicatrice ancienne. Je porte sur mon front deux cicatrices ; l'une est quasiment estomp&#233;e et fut imprim&#233;e par un caillou saillant sur lequel je chus t&#234;te la premi&#232;re &#224; l'&#226;ge de trois ou quatre ans. Ma m&#232;re, qui conna&#238;t l'histoire mieux que moi, vous dirait que j'&#233;tais parti en courant &#224; la suite d'un caprice &#8212; non sans laisser entendre que l'issue, pour navrante qu'elle f&#251;t, &#233;tait rien moins que logique (sinon m&#233;rit&#233;e). Ce fut &#233;galement la premi&#232;re, et derni&#232;re &#224; ce jour, occasion o&#249; j'arborai des points de suture : deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre cicatrice est encore nettement visible, et remonte &#224; ce que je n'ai jamais pu consid&#233;rer autrement que comme la pire ann&#233;e de mon existence. Ladite ann&#233;e scolaire (o&#249; je cessai, par un caprice du sort, d'&#234;tre fils unique) avait pourtant commenc&#233; par une bonne nouvelle : la possibilit&#233; m'&#233;tait donn&#233;e de perdre seulement quatre ans de ma vie plut&#244;t que cinq dans le syst&#232;me d'embrigadement crypto-carc&#233;ral que nous connaissons sous le nom d'&#233;cole primaire. (Ces mots ne sont pas ceux que j'aurais utilis&#233;s &#224; l'&#233;poque, mais il refl&#232;tent fid&#232;lement mon sentiment d'alors.) Pour le dire plus simplement, je fus transf&#233;r&#233; en cours d'ann&#233;e (et dans des conditions discutables) de la classe de CP &#224; celle de CE1, et c'est &#224; cet instant pr&#233;cis qu'apparurent au grand jour ce que l'on s'empressa de nommer, sans trop d'inventivit&#233; ni de courage, mes &#034;probl&#232;mes d'int&#233;gration&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi la trentaine de petits-camarades-de-mon-&#226;ge avec qui j'entretenais des rapports conflictuels, Alexandre O. n'&#233;tait pas celui qui me d&#233;testait le plus. Je me souviens d'ailleurs avoir pass&#233;, avec lui comme avec d'autres, tout au long de l'ann&#233;e, quelques moments de relativement bonne entente. Les bambins qui se saisissaient de chaque occasion possible pour m'agresser physiquement se r&#233;partissaient en deux cat&#233;gories, ceux qui (redoublements aidant) &#233;taient dot&#233;s d'une musculature avantageuse et ceux qui compensaient l'absence d'icelle par un surcro&#238;t d'agressivit&#233;. &#192; comparer des uns comme des autres, Alexandre O. n'&#233;tait certainement ni le plus mena&#231;ant ni le plus teigneux ; ce fut pourtant lui qui, par un matin ensoleill&#233; de printemps, &#233;prouva la n&#233;cessit&#233; soudaine de me plaquer au sol et, sous les encouragements de ses coll&#232;gues, de s'employer &#224; entailler mon front aussi profond que possible, de ses ongles sales d'une longueur respectable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des innombrables avanies que je subis au long de cette ann&#233;e, c'est la seule dont j'aie gard&#233; une trace tangible. Il me serait difficile de pr&#233;tendre en avoir gard&#233; quelque ranc&#339;ur envers Alexandre O., qui n'&#233;tait pas, on l'a vu, le mauvais diable ; de fait l'aspect le plus frustrant de cette anecdote r&#233;side-t-il probablement dans sa propre m&#233;diocrit&#233; &#8212; ne m'offrant m&#234;me pas la consolation de pouvoir l'envisager comme une histoire &#233;pique et romanesque, dans laquelle un m&#233;chant-tr&#232;s-m&#233;chant marque le h&#233;ros d'une scarification douloureuse en lui murmurant dans un sourire d&#233;moniaque : &#034;dor&#233;navant, &#224; chaque fois que tu te regarderas dans un miroir, tu penseras &#224; moi&#034;. Et pourtant, le fait est l&#224; : le seul &#233;l&#232;ve de toute ma scolarit&#233; primaire dont j'aie retenu le nom de famille, Alexandre O., est la personne &#224; laquelle je pense, aujourd'hui encore, devant le miroir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait il y a vingt-quatre ans, et il doit avoir aujourd'hui &#224; peu pr&#232;s mon &#226;ge. (J'entends par l&#224; que la diff&#233;rence de un an qui nous s&#233;parait &#224; l'&#233;poque, parfois jusqu'&#224; l'antagonisme, n'a plus aucun sens pass&#233; trente ans.) Face &#224; mon reflet, je pense &#224; lui, et &#224; cette d&#233;routante absence de sentiments. Ni haine, ni compassion. Ni regrets ni revanche. Juste une cicatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant la glace, je pense &#224; lui et me demande ce qu'est sa vie aujourd'hui. Peut-&#234;tre est-il un jeune homme charmant. Accompli en tous points. Employ&#233; mod&#232;le d'une entreprise dynamique. P&#232;re de famille. Peut-&#234;tre est-il un homme ordinaire. R&#233;sign&#233;. Torve et apathique. Solitaire. Peut-&#234;tre aime-t-il faire du sport. Regarder le sport &#224; la t&#233;l&#233;vision. Parler de sport avec ses amis. Boire avec ses amis. Boire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre a-t-il travers&#233; des &#233;preuves. Une s&#233;paration, un divorce. Un deuil. Un accident. Une maladie. Peut-&#234;tre est-il d'une constitution fragile. D'une sant&#233; incertaine. Souffreteux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre, en fait, est-il mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet exact moment, le visage dans le miroir s'illumine d'un franc sourire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Mars 2014.)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fragment[2]</title>
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		<dc:date>2012-11-23T15:56:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



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&lt;a href="http://url.oumupo.org/-Textes-" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;en gr&#232;ve aujourd'hui Cr&#232;ve de toujours&lt;br class='manualbr' /&gt;sur la plateforme d&#233;serte&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span style=&#034;margin-left:10em;&#034;&gt;en froid et pluie&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Attendant que reprenne le broiement de la grande roue dent&#233;e&lt;br class='manualbr' /&gt;Il pleut huileux&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span style=&#034;margin-left:10em;&#034;&gt;dans la&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;poussi&#232;re d'asphalte sale&lt;br class='manualbr' /&gt;de torpeur en rouille&lt;br class='manualbr' /&gt;Je ne convoie rien&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span style=&#034;margin-left:10em;&#034;&gt;que la r&#233;signation.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;font-style:italic;text-align:right;&#034;&gt;(automne 2010)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fragment[1]</title>
		<link>http://url.oumupo.org/Fragment-1</link>
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		<dc:date>2012-04-08T21:01:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



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-
&lt;a href="http://url.oumupo.org/-Textes-" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Afin d'un jour savoir &#233;crire vite&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span style=&#034;margin-left:10em;&#034;&gt;et mieux&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;j'ai mis au point un plan simplement infaillible&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'abord &#233;crire peu,&lt;br class='manualbr' /&gt;lentement&lt;br class='manualbr' /&gt;rarement presque jamais&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span style=&#034;margin-left:10em;&#034;&gt;et sans gu&#232;re d'exigence&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;puis produire soudain myriades de merveilles&lt;br class='manualbr' /&gt;int&#233;ressantes&lt;br class='manualbr' /&gt;belles&lt;br class='manualbr' /&gt;surprenantes et divines&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la premi&#232;re part de mon plan&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span style=&#034;margin-left:10em;&#034;&gt;se d&#233;roule impeccablement&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;font-style:italic;text-align:right;&#034;&gt;(printemps 2012)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Solstice</title>
		<link>http://url.oumupo.org/Solstice</link>
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		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Ce texte assez long a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; d&#233;but 2000. J'avais alors quinze ans.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://url.oumupo.org/-Textes-" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte assez long a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; d&#233;but 2000, alors que je devais souvent traverser la banlieue parisienne pour me rendre &#224; mon conservatoire le soir (j'avais alors quinze ans). M&#234;me s'il me ressemble assez peu aujourd'hui, il me semble r&#233;capituler mon questionnement esth&#233;tique et mon travail formel de cette &#233;poque, qui allait notamment donner lieu &#224; la pi&#232;ce &lt;a href='http://url.oumupo.org/In-einem-unbestimmten-Licht' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;In einem unbestimmten Licht&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; ou &#224; d'&lt;a href='http://url.oumupo.org/Pour-finir-enfin' class=&#034;spip_in&#034;&gt;autres&lt;/a&gt; textes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Je suis quelqu'un de bien.
&lt;p&gt;Je suis quelqu'un d'aussi bien que tous ceux que je fr&#233;quente, tous ceux que je fr&#233;quente &#233;tant des gens de bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne fr&#233;quente que des gens de bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est bien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Mon p&#232;re aussi &#233;tait quelqu'un de bien.
&lt;p&gt;Et ma m&#232;re devait &#233;galement &#234;tre quelqu'un de bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans quoi je ne serais pas moi-m&#234;me quelqu'un d'aussi bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est logique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
D'ailleurs &#8212; de fait, je suis plut&#244;t content.
&lt;p&gt;Content de moi, content de la vie, content d'&#234;tre quelqu'un de bien, je remplis ma t&#226;che. &#192; la lettre ; ma t&#226;che, ni plus ni moins, seulement ma t&#226;che. Faire ce que j'ai &#224; faire, et le faire bien. Je suis l&#224; pour cela, et quand cela sera fait, je ne servirai plus &#224; rien ; alors ma vie sera termin&#233;e, et je mourrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est si simple.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Pour mener &#224; bien ce processus, quelques personnes m'entourent ; hommes et femmes de bien, que je connais plus ou moins bien. Gens d'&#226;ge divers, ce pourquoi me faudra-t-il veiller, &#224; mesure que je vieillirai, &#224; m'entourer de gens plus jeunes &#8212; quoique tout aussi bien &#8212; afin de conjurer l'isolement qui vient avec l'&#226;ge.
&lt;p&gt;C'est normal.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Ainsi puis-je b&#233;n&#233;ficier d'exp&#233;riences vari&#233;es pour avoir une vision valide du monde alentour comme de ma propre personne. Cette diversit&#233; d'adjuvants dont je suis pourvu m'est vitale : en effet seule la synth&#232;se de diff&#233;rentes connaissances et r&#233;f&#233;rences peut cautionner mon existence.
&lt;p&gt;Cela va de soi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
De la sorte, je n'ai nul besoin de perdre le temps qui m'est imparti en partant en qu&#234;te d'exp&#233;riences ou sciences par trop improbables.
&lt;p&gt;Je vis dans un monde clos o&#249; je demeurerai claustr&#233; jusqu'&#224; la fin de l'histoire ; je n'ai plus qu'&#224; attendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233; en hiver ; la mort me rendra au froid dont la vie m'a d&#233;tourn&#233; un instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
C'est tout.
&lt;p&gt;Une existence paisible, qu'il suffit de laisser se d&#233;rouler pour la mener &#224; son terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vie facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des gens bien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Et c'est tout.
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Le jour se l&#232;ve et je suis seul.
&lt;p&gt;Je suis seul dans le froid blanc de la brume d'hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et toute cette clart&#233; &#8212; trop de clart&#233;. Si aig&#252;es se d&#233;coupent les formes ; cette clart&#233; qui me transperce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clart&#233; creuse, vide &#8212; et le froid du vent de l'aurore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Horreur d'une aurore dor&#233;e &#8212; doigts de rose teint&#233; de blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le blanc du matin. Matin d'avant le soir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Le jour se l&#232;ve ; je suis seul face au soleil, rond l&#224;-bas tout en bas, ce soleil cou coup&#233; qui tout &#224; l'heure br&#251;lera les c&#339;urs, dess&#233;chera la terre, puis s'en reviendra au n&#233;ant, en si peu de temps que peu s'en seront rendu compte ; ce soleil sec comme le plomb qui, juste avant la nuit, &#233;clairera un bref instant jusqu'au tr&#233;fonds de ce qui est cach&#233;.
&lt;p&gt;Le jour se l&#232;ve ; et je suis seul dans le vent p&#226;le qui chasse les t&#233;n&#232;bres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je suis seul.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Ce jour sera nouveau ; ce jour sera neuf.
&lt;p&gt;Ce jour sera diff&#233;rent des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus grand encore que le paysage est aujourd'hui le silence du matin. Plus grand que le blanc de l'hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un indicible sentiment m'&#233;treint soudain, qui s'&#233;prend de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impression que le monde est infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'infini m'appelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
C'&#233;tait l'hiver ; il faisait froid.
&lt;p&gt;L'hiver et le froid. Je me demandais bien ce qui avait pu me pousser &#224; sortir en pareille saison, moi qui, comme il me seyait alors, &#233;tais demeur&#233; clo&#238;tr&#233; chez moi depuis un temps imm&#233;morial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement pas le paysage, en tout &#233;tat de cause. Je ne connais atmosph&#232;re plus triste que celle d'une grande ville en hiver ; &#224; plus forte raison par un hiver sans neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si encore il avait neig&#233; ! Mais nulle trace de blanc dans le paysage, nonobstant la temp&#233;rature n&#233;gative. Qu'il fait froid en hiver !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Pas de neige donc ; seuls l'hiver et le froid.
&lt;p&gt;Soudain m'apparut-il pourtant que l'&#233;trange effet que me faisait la ville e&#251;t aussi bien pu &#234;tre le fait de la neige : ensevelissante, la brume qui flottait dans l'air glac&#233; palissait la grisaille urbaine et &#233;touffait les sons de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me sentis alors &#233;voluer comme dans l'hypoth&#233;tique &#233;ther d'un monde improbable, tel un voyageur accostant sur un rivage inconnu ; tel un &#234;tre de papier franchissant la marge blanche de son histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, pour ainsi dire, subsum&#233; dans mon extradi&#233;g&#232;se, je poursuivis ma progression comme un &#234;tre a&#233;rien et volatil ; je sentais l'air froid passer &#224; travers moi sans frissonner aucunement ; j'entendais sur le sol le son de mes pas sans avoir la moindre impression de me d&#233;placer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incongrument me vint l'id&#233;e que le d&#233;cor citadin qui m'entourait avec nettet&#233; pouvait n'&#234;tre qu'une quelconque image impalpable dispos&#233;e l&#224; dans le seul but de me tromper. Aurait-ce &#233;t&#233; l&#224; ma punition pour avoir fui mes lares ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Il y avait, de fait, bien longtemps que je n'&#233;tais sorti de chez moi, mais se pouvait-il que ma perception du monde ext&#233;rieur ait &#233;t&#233; &#224; ce point modifi&#233;e par cet isolement claustral ?
&lt;p&gt;Quoiqu'il en f&#251;t, pouvoir ainsi voir le monde sans moi, et contempler &#224; loisir un paysage dont j'&#233;tais absent, me procurait une grande satisfaction intellectuelle ; et, charm&#233; par ce nouvel aspect que je d&#233;couvrais aux choses, je d&#233;cidai donc de poursuivre ma promenade.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
C'&#233;tait l'hiver, le d&#233;but de l'hiver &#8212; le vingt-et-un d&#233;cembre pr&#233;cis&#233;ment.
&lt;p&gt;C'&#233;tait l'hiver, et le jour, lev&#233; depuis peu, paraissait d&#233;j&#224; d&#233;cliner. D'&#233;pais nuages masquaient le viel et lui donnaient une teinte blafarde. Sous cette lumi&#232;re &#233;burn&#233;enne, les b&#226;timents semblaient des eaux-fortes, et le sol, un monotone fusain. Le brouillard givrant, le ciel blanch&#226;tre, et cette asphalte d'alb&#226;tre conf&#233;raient au tableau une sensation carc&#233;rale. Comment pouvais-je &#234;tre davantage reclus &#224; l'air libre que chez moi ? Comment pouvait-on me refuser l'acc&#232;s au soleil en un jour pareil ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Le solstice, en effet, n'est pas un jour comme les autres. En un temps extraordinairement court s'y succ&#232;dent le jour &#224; la nuit, et puis la nuit au jour ; c'est exactement comme si le soleil se d&#233;pla&#231;ait plus rapidement que de coutume.
&lt;p&gt;Le solstice est un temps hors du temps ; un jour o&#249; l'on voyage, un jour o&#249; l'on s'en retourner ; un jour o&#249; l'on peut franchir la barri&#232;re qui nous s&#233;pare de ce qui est cach&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier jour de l'hiver.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Je m'estimais injustement flou&#233; par ce ciel bas et lourd, pesant comme un couperet, qui me s&#233;parait de mani&#232;re si tranchante de la chose la plus simple et la plus belle qui soit. Je me rendis bient&#244;t compte de la vanit&#233; sans vergogne que j'avais eue &#224; me croire ainsi hors du monde.
&lt;p&gt;Je me r&#233;p&#233;tai plusieurs foirs en moi-m&#234;me mon m&#233;contentement de devoir renoncer &#224; des pr&#233;occupations aussi hautement po&#233;tiques que profond&#233;ment philosophiques, puis me rendis compte que je m'&#233;tais fort &#233;loign&#233; de chez moi. Il m'allait maintenant falloir songer &#224; m'en retourner, ce que je fis s&#233;ance tenante, d'autant plus h&#226;tivement que le jour s'assombrissait &#224; vue d'&#339;il. Le gris clair du ciel en effet se teintait d'un bleu violac&#233; &#233;trangement lumineux, et parait le paysage, ombres et p&#233;nombres, d'une tonalit&#233; lugubre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain les nuages disparurent, laissant &#233;clater un coucher de soleil grandiose et magnificent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frapp&#233; de stupeur, je m'arr&#234;tai net.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Les formes s'estomp&#232;rent. Les silhouettes citadines s'&#233;vapor&#232;rent dans le poudroiement mordor&#233; des lueurs folles du couchant, dansantes dans les volutes de la brume et de la poussi&#232;re de sable. J'eus l'impression de m'&#233;craser sur l'immense sol tournoyant aux reflets d'argent. La rue &#224; l'instant devint plus vaste encore que le monde lui-m&#234;me. Et l'astre jaune infini. Les nuages violets. Le coucher du soleil.
&lt;p&gt;Le disque m'adressa encore, du fond de son agonie, ses derniers rayons nacr&#233;s, puis s'&#233;teignit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Les lampadaires dont la rue &#233;tait jalonn&#233;e s'allum&#232;rent. C'&#233;tait l'hiver ; il faisait nuit ; et la nuit &#233;tait noire, de la noirceur d'un hiver sans espoir ; et la nuit &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224;, alourdissant le ciel, perc&#233;e avec peine, &#224; intervalles r&#233;guliers, du jaune orang&#233; de l'&#233;clairage public.
&lt;p&gt;C'&#233;tait l'hiver ; il faisait nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait l'hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faisait froid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Connaissez-vous cette heure ?
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
C'est l'heure exquise o&#249; le jour d&#233;cline, o&#249; la lune, triste, s'&#233;l&#232;ve entre douceur du soir et fra&#238;cheur du cr&#233;puscule...
&lt;p&gt;C'est l'heure o&#249; le calme blanc vesp&#233;ral se voile du rose des t&#233;n&#232;bres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le soir charmant dans l'air duquel tournent sons et parfums.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le couchant des cosmogonies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249;, parmi le poudroiement des fleurs vaporeuses, s'ouvre le mirabilis...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Connaissez-vous cette heure ?
&lt;p&gt;Connaissez-vous la douceur de sentir la fin de la soir&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; la face cach&#233;e des choses se d&#233;voile...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Connaissez-vous cette heure ?
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Au moment o&#249; le froid prend le dessus.
&lt;p&gt;Au moment o&#249; la peur du noir se r&#233;veille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; sortent les b&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment de l'inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Il est l'heure de dormir.
&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
La nuit tombait &#8212; qu'elle tombe t&#244;t la nuit en hiver.
&lt;p&gt;La nuit tombait et je n'avais pas sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais fatigu&#233;, mais sans l'envie de dormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'elle tombe t&#244;t la nuit de l'hiver.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
C'&#233;tait la fin du jour ; dans la rue marchaient des gens, presque tous dans le m&#234;me sens. Leurs pas, m&#233;tronomiques, homorythmiques, se r&#233;percutaient &#224; l'infini dans l'&#233;cho de la nuit.
&lt;p&gt;Ils rentraient chez eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aurais d&#251; rentrer moi aussi. Mais malgr&#233; le froid insidieux qui me br&#251;lait les os, l'air me paraissait sympathique ; je m'&#233;tais arr&#234;t&#233; de nouveau. Je me sentais bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit &#233;tait tomb&#233;e compl&#232;tement. Seules subsistaient les lueurs orange dans le ciel encore bleut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fa&#231;ades se constellaient de rectangles jaune p&#226;le, parfois teint&#233;s par intermittence de bleu ; je devinais des postes de t&#233;l&#233;vision, des meubles, des pi&#232;ces ; des gens, des familles, des vies. Qu'ils semblaient petits ces gens, dans leur vaine agitation, en la finitude de leurs int&#233;rieurs ; qu'&#224; la clart&#233; des lampes le monde &#233;tait petit !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
M&#251; par un acc&#232;s d'humilit&#233;, j'ai tent&#233; de r&#233;fl&#233;chir un instant.
&lt;p&gt;Qu'avais-je donc de plus qu'eux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'avais-je pas moi aussi un chez-moi o&#249; je passais le plus clair de mon temps ? Mon horizon n'&#233;tait-il pas born&#233; au possible ? Ne remplissais-je pas ma t&#226;che, seulement ma t&#226;che, dans ce monde clos o&#249; j'allais demeurer jusqu'au bout ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes. Mais en ce moment, j'&#233;tais dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, j'&#233;tais dehors &#8212; l&#224; &#233;tait la diff&#233;rence. J'&#233;tais toujours debout, j'&#233;tais encore dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est &#224; ce moment pr&#233;cis que j'ai su pourquoi j'&#233;tais sorti.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Vaquez, mortels, d&#238;nez, dormez, peu me chaut !
&lt;p&gt;Je suis dehors, il fait froid, il fait nuit, c'est l'hiver et je n'ai pas sommeil. C'est l'hiver et c'est la nuit ; il fait froid et il fait noir, je suis le ma&#238;tre de ce sch&#233;ol qui s'&#233;veille. Je suis seul, je suis le ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ma gauche passent quelques voitures. Vouivres hurlantes dans la nuit ; &#233;clair et lumi&#232;re, tache rouge dans les t&#233;n&#232;bres. Ce sont les derniers ilotes, qui s'enfuient vers leur foyer avant que quelque m&#226;ne divaguante ne les surprenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'ils fuient donc ! Je reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reste au royaume des ombres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reste dans le feu du soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reste dans le calme de la nuit, o&#249; mes pas, assassins du silence, se placent lentement, m&#233;caniquement, devant moi. Je ne marche plus que par habitude ; je n'ai pas envie de rentrer. Je suis seul. Je suis quelqu'un de bien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Je longe une antique b&#226;tisse en briques rouges ; une fabrique d&#233;saffecte, flanqu&#233;e d'un terrain steppique sur lequel la lune projette ses soucis. Son toit s'est effondr&#233; et la lourde porte b&#233;e sur un champ de ruines. Un lampadaire &#233;br&#233;ch&#233; d&#233;coupe une tache ign&#233;e sur la fa&#231;ade moir&#233;e de lichens et de lierre sans feuilles. On dirait un lieu de culte ; je m'attends &#224; voir s'extirper un petit dieu ancien d'une des fissures arborescentes dont le vieux b&#226;timent est z&#233;br&#233;.
&lt;p&gt;J'effleure le lampadaire, dont le m&#233;tal froid me givre la lymphe. Je n'ai pas peur des b&#234;tes de la nuit, je n'ai pas peur du noir, pas peur du noir froid de l'hiver, pas sommeil. Je reste l&#224;, seul, debout, debout dans la nuit, &#233;veill&#233; parmi les morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'heure sonne et la nuit vienne &#8212; je demeure.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Un bruit de pas me tire de la torpeur.
&lt;p&gt;Des pas secs, froids.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des pas r&#233;guliers et implacables qui claquent un &#224; un, de plus en plus proches. Je me retourne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une femme, en noir, en face, sur l'autre rive. Elle va droit devant elle, ne se retourne pas, ne se d&#233;tourne pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi non. Je suis de l'autre c&#244;t&#233;, celui de ceux qui veillent, celui de ceux qui restent.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-indent:7em;&#034;&gt;Soudain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle m'a vu. &#201;bauche d'un sourire, et le pas ne cessent pas. Une lueur, puis la nuit. Plus qu'un souvenir. Plus qu'un relent de r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est belle. Elle est belle comme le clair de lune la nuit au-dessus d'un &#233;tang. Je ne sais d'o&#249; elle vient, je ne sais d'o&#249; elle va. Je sais simplement que je ne la verrai plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que nos chemins se s&#233;parent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne nous verrons plus. Nulle part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'oublierai. Elle m'oubliera comme je l'aurai oubli&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
La nuit est noire maintenant. Noire du noir d'un hiver sans espoir. Je me surprends &#224; penser que le solstice d'hiver n'est pas que le plus court des jours.
&lt;p&gt;C'est aussi la nuit la plus longue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
C'est l'hiver ; il fait nuit ; il fait froid.
&lt;p&gt;Qu'elle est longue la nuit de l'hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'elle est longue cette nuit qui glace le c&#339;ur, g&#232;le la terre, et conf&#232;re &#224; l'air ce froid des choses qui sont rest&#233;es trop longtemps cach&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'elle est longue cette nuit quand il est temps de dormir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Froid et nuit. Nuit o&#249; je me prom&#232;ne, nuit du solstice, o&#249; ce qui est cach&#233; se d&#233;voile.
&lt;p&gt;Il fait nuit et je suis seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis seul ; et je marche.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
La nuit est infinie ; et l'infini m'appelle.
&lt;p&gt;Mes pas r&#233;sonnent sous moi dans les t&#233;n&#232;bres oranges. Mon corps, glac&#233; par l'air dur, n'est plus qu'un mouvement, plus qu'un moment dans ce d&#233;sert ocre de formes et d'ombres qui m'emprisonnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jeu de lum&#232;res o&#249; tout est illusions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
La rue qui d&#233;file &#224; mes c&#244;t&#233;s semble n'avoir pas de fin. Toujours les m&#234;mes immeubles, toujours le m&#234;me intervalle entre les lampadaires, toujours le m&#234;me pavement.
&lt;p&gt;Je suis pris au pi&#232;ge du labyrinthe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cr&#233;atures de la nuit ne m'effrayent pas. Mais je crains les hommes et leurs &#233;difices.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
J'entends soudain tous les peuples qui dorment, dont les voix vaticinent dans l'ombre. La t&#234;te &#233;cartel&#233;e par leur murmure, je m'enfuis comme un quadrup&#232;de cagneux.
&lt;p&gt;Tr&#233;buchant et claudiquant, je m'enfuis, je m'en vais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'erre de ci, de l&#224; ; je vogue, je vole et je m'envole ; je suis, je fuis, je cours.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Il fait nuit et je cours.
&lt;p&gt;L'automne et il fait nuit &#8212; je cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Septembre et il fait nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Novembre et il fait nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cembre ; et le soleil se couche.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Je cours &#8212; et la nuit. Le noir bleut&#233; de la nuit des silhouettes obscures. Et le jaune ocre de la lumi&#232;re. Les lumi&#232;res d'ocre orang&#233;. La ville somnolente. Solitude amie.
&lt;p&gt;Et je cours.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
&#212; nuit, servante de la Mort.
&lt;p&gt;Nuit qui excites les fous, nuit aux douceurs de femme. Nuit transfigur&#233;e. Nuit d'ivoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nuit &#224; travers laquelle je cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#212; nuit, r&#233;clusion des esprits. Marteaux sans ma&#238;tre d'un piano ; fracas des spirales de soie vibrante. Fer de l'enfer, morsure d'archet. Litt&#233;rature statique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nuit de peur ardeur odeur chaleur ; peurs et lueurs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nuit &#224; travers laquelle je cours.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Je ne p&#232;se plus rien ; je ne sens plus rien ; je ne suis plus rien. Je cours.
&lt;p&gt;Je cours plus vite que le solstice. Je cours &#224; travers la ville, je cours &#224; travers la nuit. Je cours dans le noir d'un hiver sans espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rentre chez moi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
C'est l'hiver ; il fait froid.
&lt;p&gt;L'hiver et le froid. Pourquoi donc suis-je sorti ? Qu'il fait froid en hiver !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vent se l&#232;ve sur le blanc du matin d'un jour neuf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cormorans mourants qui tournoient dans le ciel silencieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le silence des corps des c&#339;urs morts qui m'&#233;c&#339;urent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le souvenir d'un solstice hostile, jour oubli&#233; d'un voyage r&#233;volu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impression d'un changement, intangible et fugace.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
C'&#233;tait l'hiver, le d&#233;but de l'hiver.
&lt;p&gt;C'est l'hiver et je suis encore dehors, toujours debout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lumi&#232;res se sont &#233;teintes. Ne reste plus que le vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que la brume, p&#226;lissante en cette heure de douleur que je connais si bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que le blanc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Le jour se l&#232;ve ; et je suis seul.
&lt;p&gt;Je marche seul dans le vent du matin qui chasse les t&#233;n&#232;bres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matin d'apr&#232;s le soir ; je rentre chez moi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Je suis quelqu'un de bien.
&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Je rentre dans mon int&#233;rieur vide.
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Je ne fr&#233;quente que des gens de bien.
&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
J'adresse un salut &#224; mes vieilles connaissances, figures immobiles align&#233;es sur leurs rayonnages, &#234;tres de papier peuplant mes &#233;tag&#232;res.
&lt;p&gt;Mes pareils.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Des gens de bien.
&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Je n'ai plus qu'&#224; rester dans ce monde clos, o&#249; je demeurerai jusqu'au bout ; je n'ai plus qu'&#224; attendre.
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Une existence paisible.
&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Je suis n&#233; en hiver.
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
Une vie si facile qu'il suffit de la laisser se d&#233;rouler pour qu'elle arrive &#224; son terme.
&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
La mort me rendra au froid dont la vie m'a d&#233;tourn&#233; un instant.
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;verset&#034;&gt;
C'est tout.
&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;em style=&#034;float:right;&#034;&gt;Janvier 2000.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Motivation</title>
		<link>http://url.oumupo.org/Motivation</link>
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		<dc:date>2010-12-12T15:09:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Jusqu'&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Valeur_travail_(id&#233;ologie)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;o&#249;&lt;/a&gt; aller lorsque l'on cherche un emploi ? Voici un texte (tr&#232;s !) lointainement inspir&#233; par un entretien auquel je me suis rendu r&#233;cemment.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jusqu'&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Valeur_travail_(id&#233;ologie)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;o&#249;&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://le-revenu-de-base.blogspot.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;aller&lt;/a&gt; lorsque l'on cherche un emploi ? Voici un texte (tr&#232;s !) lointainement inspir&#233; par un entretien auquel je me suis rendu r&#233;cemment.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Motivation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;
Quant &#224; son coll&#232;gue, en le regardant m'&#233;tait revenue cette croyance populaire selon laquelle les oreilles et le nez continuent &#224; grandir chez les gens d'un certain &#226;ge. Avec ses grosses lunettes rondes, son visage allong&#233; et ses l&#232;vres pinc&#233;es, sa veste d&#233;fra&#238;chie, c'&#233;tait un petit personnage gris&#226;tre et muet, tout droit sorti d'un dessin de journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant que je puisse me souvenir, il n'avait pas dit un mot : elle seule avait fait mine de se lever lorsque j'&#233;tais entr&#233; dans la pi&#232;ce, et sans vraiment me le pr&#233;senter elle &#233;tait imm&#233;diatement entr&#233;e dans le vif du sujet : ce que l'on attendait de moi, ce que je devais savoir au pr&#233;alable, de quelle fa&#231;on proc&#233;der. Sans plus para&#238;tre tenir compte de son coll&#232;gue, elle avait lu et comment&#233;, d'une voix forte et d&#233;plaisante, le contrat dont un exemplaire avait &#233;t&#233; dispos&#233; face &#224; moi sur le large bureau en r&#233;sine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pour tout vous dire, nous n'avions pas initialement pr&#233;vu de faire appel &#224; vos services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait pu avoir quelque chose d'amusant &#224; les voir ainsi tous deux align&#233;s derri&#232;re le bureau, lui grisonnant et elle arborant un auburn fort peu naturel, lui immobile et elle anim&#233;e &#8212; son menton dessinait des cercles lorsqu'elle parlait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous &#233;tions partis avec l'id&#233;e, comme les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, de faire venir un sportif de haut niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je perdis un instant &#224; me demander qui recouvrait ce &#034;nous&#034;, tant il &#233;tait improbable qu'il se r&#233;f&#232;re &#224; son coll&#232;gue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous voyez, un sportif qui serait venu expliquer son parcours, son entra&#238;nement... l'importance du mental, de garder la motivation... mais surtout, la valeur travail &#233;videmment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais depuis longtemps appris l'art de l'acquiescement poli qui n'engage &#224; rien, art que je me flattais de pratiquer avec une componction toute professionnelle. Les ann&#233;es aidant, cette habilet&#233; s'&#233;tait peu &#224; peu accompagn&#233;e d'une autre : m&#234;me en n'y pr&#234;tant qu'une oreille distraite, j'aurais &#233;t&#233; en mesure de r&#233;p&#233;ter mot pour mot ses deux derni&#232;res phrases, de fa&#231;on purement phon&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est avant tout pour cela que nous organisons, une fois par an, ce repas et cet apr&#232;s-midi sp&#233;cial. Nos collaborateurs, que vous allez rencontrer tout &#224; l'heure, sont des gens tr&#232;s bien ; mais, vous savez ce que c'est : au fil du temps, la routine s'installe, on s'affaiblit, on paresse... Une bonne gestion des ressources humaines se doit donc de rappeler &#224; chacun, de loin en loin, ce qu'est r&#233;ellement la valeur travail. Bref, notre sportif n'&#233;tant plus disponible, nous avons pens&#233; essayer quelque chose de nouveau cette ann&#233;e. D'o&#249; votre pr&#233;sence ici aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en murmurant une nouvelle approbation inarticul&#233;e, je me surpris &#224; remarquer qu'en d&#233;finitive, je n'avais gu&#232;re parl&#233; davantage que son coll&#232;gue depuis le d&#233;but de l'entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous comptons sur vous pour montrer &#224; tous, une fois de plus, combien le travail est une valeur positive. Le travail, n'est-ce pas, c'est bien plus qu'un moyen de subsistance ; c'est un d&#251; envers la soci&#233;t&#233;, une fa&#231;on de se rendre utile, un accomplissement... Le travail permet de se d&#233;passer, de se r&#233;aliser en tant que personne. Le travail, en un mot, rend libre. Ce n'est pas &#224; vous que nous l'apprendrons, naturellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur mes genoux, j'avais entrouvert ma mallette pour y glisser le contrat en t&#226;chant de ne pas trop le froisser parmi mes accessoires. En relevant la t&#234;te, je la vis jeter un coup d'&#339;il vers la montre de son coll&#232;gue, qui n'avait toujours pas boug&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#192; l'heure qu'il est, ils doivent &#234;tre en train de finir le g&#226;teau. Cela va &#234;tre &#224; vous, je vais demander &#224; ce qu'on vous ouvre la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajustai mes lunettes rondes et ma veste grise, puis saluai poliment et me dirigeai vers la salle de conf&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En commen&#231;ant &#224; me pr&#233;parer devant la lourde porte blind&#233;e, je v&#233;rifiai avec prudence la solidit&#233; de l'&#233;lastique charg&#233; de maintenir mon nez rouge en plastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#233;cembre 2010.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Harpe</title>
		<link>http://url.oumupo.org/La-Harpe</link>
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		<dc:date>2010-12-08T18:03:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Un petit texte que j'ai r&#233;dig&#233; il y une dizaine d'ann&#233;es...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://url.oumupo.org/-Textes-" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lorsqu'elle entra dans la salle, ce fut soudain comme l'aurore que l'on n'esp&#232;re plus au terme d'une nuit morose et interminable.&lt;br class='manualbr' /&gt;Toutes les t&#234;tes s'&#233;taient aussit&#244;t tourn&#233;es vers ce soleil qui venait de surgir, et c'est au silence absolu qui se fit imm&#233;diatement que l'on pouvait mesurer l'&#233;motion provoqu&#233;e par une telle apparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;tonnement ne dura pas, d'ailleurs ; apr&#232;s un bref moment les mondanit&#233;s reprirent, presque avec g&#234;ne, et bient&#244;t la r&#233;ception battait son plein &#224; nouveau, cependant que, seul, je demeurais muet, frapp&#233; de stupeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment e&#251;t-on pu r&#234;ver beaut&#233; plus parfaite ? En un instant j'avais &#233;t&#233; presque transperc&#233; par la douceur de son regard, la finesse et la d&#233;licatesse de ses traits, tant mon &#233;moi &#233;tait vif. En un instant une ferveur inconnue s'&#233;tait empar&#233;e de moi, et je restai plong&#233; dans l'extase de contempler sa magnifique chevelure orange et le teint velout&#233; de sa peau violette, comme une &#233;toffe pr&#233;cieuse d'Orient...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet instant m'avait vol&#233; tout ce qui &#233;tait mien, mon existence, mon &#226;me m&#234;me : seul restait en moi un immense d&#233;sert de tendresse ; l'amour, un amour irraisonn&#233;, d&#233;mesur&#233;, d&#233;sesp&#233;r&#233; ; quant &#224; ma vie, je la sentais me fuir, fuir hors de moi, et ce, si vite que l'on aurait pu m'enterrer sur l'heure, et m&#234;me mon cercueil aurait &#233;t&#233; vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel &#233;tait donc cet &#233;trange destin, qui me d&#233;poss&#233;dait ainsi de moi-m&#234;me ? Je me trouvais face &#224; un monde inconnu, inaccessible. Saisi par cette impression, dans un &#233;tat second, je m'approchai d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ma&#238;tre de maison la pr&#233;senta comme sa fille et annon&#231;a, non sans fatuit&#233;, qu'on allait &#034;faire de la musique&#034;. En effet, je me rappelai avoir ou&#239; dire qu'&#224; toutes ses perfections, elle ajoutait un talent d'interpr&#232;te inestimable. Et de fait, on apportait d&#233;j&#224; &#224; l'autre bout de la salle, sur une petite sc&#232;ne pr&#233;vue &#224; cet effet, une harpe imposante aux formes complexes, tenant &#224; la fois de la spirale et de l'h&#233;lice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me sentis d&#233;faillir en la voyant s'engager dans la trav&#233;e m&#233;nag&#233;e entre les chaises. Presque malgr&#233; moi, j'avan&#231;ai et, le c&#339;ur battant, me pla&#231;ai au beau milieu de l'all&#233;e, seul, face &#224; elle, juste sur son passage, sur le point de tomber &#224; genoux. J'attendis alors, dans un profond silence &#8212; je ne m'entendais m&#234;me plus respirer ; ou bien je ne respirais plus.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne s'aper&#231;ut pas de ma pr&#233;sence, et c'est sans me voir qu'elle passa &#224; travers moi pour rejoindre la harpe sur l'estrade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;29 mai 2001.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nous discutions...</title>
		<link>http://url.oumupo.org/Nous-discutions</link>
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		<dc:date>2010-12-08T18:02:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Ce texte est le premier d'une s&#233;rie de brefs fragments que j'ai &#233;crits il y a dix ans ; j'&#233;tais alors en classe de Terminale, et j'avais tendance &#224; m'ennuyer en cours.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://url.oumupo.org/-Textes-" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est le premier d'une s&#233;rie de brefs fragments que j'ai &#233;crits il y a dix ans ; j'&#233;tais alors en classe de Terminale, et j'avais tendance &#224; m'ennuyer en cours.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous discutions entre jeunes gens, avec insouciance et d&#233;sinvolture, sur le parvis du lyc&#233;e. Il y avait l&#224; quelques personnes dont la compagnie m'&#233;tait fort agr&#233;able, notamment une blondinette aux traits fins et aux yeux d'un violet aigu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que je m'entretenais avec elle, me semble-t-il, qu'elle perdit soudain son oeil gauche, qui tomba et s'en alla rouler sur le bitume du parvis sans qu'elle n'esquisse de geste pour le rattraper. Ayant suivi sa chute du regard, je reculai, quelque peu &#233;tonn&#233;, de crainte de l'envoyer plus loin par inadvertance. Je relevai alors la t&#234;te et la regardai &#8212; elle gardait le sourire, sans para&#238;tre s'&#233;mouvoir de son orbite vide dans laquelle pendait une paupi&#232;re d&#233;sormais inerte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'ignorais que tu avais un &#339;il de verre, lui lan&#231;ai-je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#199;a ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du menton, elle d&#233;signait le globe qui avait roul&#233; &#224; ses pieds parmi la poussi&#232;re et les gravillons, tra&#238;nant curieusement derri&#232;re lui un discret lambeau rouge de nerf optique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#034;Non non, c'est un vrai.&#034;, r&#233;pondit-elle en l'&#233;crasant nonchalamment de la pointe du pied, dans un bruit d'&#233;claboussure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;7 janvier 2001.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mourir encore</title>
		<link>http://url.oumupo.org/Mourir-encore</link>
		<guid isPermaLink="true">http://url.oumupo.org/Mourir-encore</guid>
		<dc:date>2010-12-08T18:02:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Un bref texte &#233;crit en il y a une dizaine d'ann&#233;es, alors que j'&#233;tais lyc&#233;en.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://url.oumupo.org/-Textes-" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi me sens-je ainsi rejet&#233; de tous, pourquoi suis-je soudain si seul et si d&#233;muni ? Comment se fait-il donc qu'au terme de tant d'&#233;preuves cette peine demeure ? Quelle est cette langueur qui accable mon coeur, du moins ce qu'il m'en reste ? Pourquoi me repoussez-vous ? Est-ce de ma faute ? Qu'ai-je donc fait de mal ? Ou bien est-ce vous qui vous &#234;tes donn&#233; le mot pour me laisser dans le d&#233;nuement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi tant de haine ? D'o&#249; me vient cette inimiti&#233; ? Ai-je donc tellement chang&#233; ? Suis-je maintenant trop diff&#233;rent de vous ? Pourquoi, alors qu'il y a peu, presque hier pour ainsi dire, vous montriez tellement d'amiti&#233; et de compassion, &#234;tes-vous si fuyants aujourd'hui ? Ne comprenez-vous pas que vous ne faites par l&#224; qu'ajouter &#224; mon malheur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi cet acharnement ? Ce que j'ai endur&#233; ne me suffit-il pas ? Pourquoi ne puis-je plus &#234;tre parmi vous ? Pourquoi vous enfuir ainsi en hurlant d&#232;s que je vous approche ? Ne pourriez-vous plut&#244;t m'apporter votre soutien face &#224; ma r&#233;cente d&#233;ch&#233;ance ? Quand cesserez-vous de redoubler ma tristesse ? N'est-ce pas assez pour moi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne me suffit-il pas d'&#234;tre r&#233;duit &#224; un informe assemblage d'ossements et de lambeaux de chair en d&#233;composition, dont &#233;mane cette odeur putride ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me faut-il donc mourir encore ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;25 janvier 2001.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pour finir enfin.</title>
		<link>http://url.oumupo.org/Pour-finir-enfin</link>
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		<dc:date>2010-12-08T18:02:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Voici un autre texte que j'ai &#233;crit (commis ?) il y a une bonne dizaine d'ann&#233;es, dans un style hmm... particulier.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://url.oumupo.org/-Textes-" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voici un autre texte que j'ai &#233;crit (commis ?) il y a une bonne dizaine d'ann&#233;es, dans un style hmm... particulier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comme une fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin juste ce mot &#8212; fin, et le gris de la ville semblait plus terne soudain, et l'asphalte, plus luisante, que la pluie graissait, la pluie huileuse et adipeuse ; juste ce mot &#224; travers la ville ainsi enduite, et ce bruit, et le bruit de la pluie, de la bruine noiraude, dans l'alb&#226;tre sale de la torpeur nocturne s'estompant, ce mot, et le bruissement bris&#233; de la pluie &#233;touffant de sa chape, lancinante, insidieuse, le roulis barbouill&#233; des voitures gravides. Pluie et la nuit ; puis le soleil se l&#232;ve &#8212; Aube.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin et ce serait comme un dernier matin, comme l'horreur d'une aurore dor&#233;e, comme l'ultime poudroiement des rues et toits en la ros&#233;e sabl&#233;e de la poussi&#232;re urbaine ; ce serait comme si les entrelacs violet-d&#233;lav&#233; iris&#233;s, les flaques d&#233;laiss&#233;es par l'ond&#233;e, comme si la moire des trottoirs noir&#226;tres qui te semblaient se d&#233;charner sous les pas, comme si ce cama&#239;eu de jaune et de mauve se r&#233;veillait juste, et peut-&#234;tre bien mourrait de nouveau, peu t'importait de toute fa&#231;on. Et le temps qui s'&#233;coule &#8212; et le temps qui s'&#233;croule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin, si fin qu'impalpable m&#234;me entre tes doigts gr&#234;les efflue le temps mais peu t'en chaut ; tu marchais &#224; grandes enjamb&#233;es d'&#233;chassier, indiff&#233;rent au lever du soleil, car seuls comptaient tes pas, seuls se d&#233;nombraient tes pas secs et rythmiques, dont in&#233;branlablement la succession r&#233;guli&#232;re sur la surface rugueuse ; s&#232;cheresse grain&#231;ante de la m&#233;canique oxyd&#233;e. Jadis enfin se l&#232;ve au loin le soleil ; jadis et c'est d&#233;j&#224; la fin ; progresse encore ; ce n'&#233;tait d&#233;j&#224; plus le matin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin juste ce fin, mot de l'histoire, et la ville devient plus grise encore ; lointain par-del&#224; les nu&#233;es m&#251;rissait l'astre diurne, bl&#234;me poire blette vaguement luminescente en l'opacit&#233; du fog, dans le brumeux rugueux couvercle houillier d'un ciel de graphite bouilli au loin, et la cit&#233; tout autour de toi, ointe comme un plombage, parmi les diaphanes sylphides des volutes automobiles ; midi et sans faim tu marchais encore, toujours dans cette m&#234;me rue, au travers des remugles gras et fragrances adipeuses. Mais tu avances, et rien en cette vie horride ne contraindra ton inexorable essor.&lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s midi, et les hydrocarbures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin rien que ce petit mot insignifiant d'infini &#8212; et le bruit mat de tes pas sur les pav&#233;s asp&#232;res ; par tarre, plus ne restaient des flaques que de s&#232;ches taches racornies ; pourri, le soleil derri&#232;re toi d&#233;gorgeant son agonie dans le soir citadin ; comme une fin tu fuyais, pench&#233; en avant par-dessus la succession de tes pieds sur un interminable trottoir.&lt;br class='manualbr' /&gt;Parapluie d&#233;fra&#238;chi et les poissons fruit&#233;s ; soir&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin et la nuit qui s'abat, et la peine de nouveau ; pluie et la nuit, et la peine cependant que tu marches, seulement pour ce mot, seulement, comme si les &#233;toiles, nouvelles quelque part au-del&#224; de la barri&#232;re de p&#233;trole d&#233;goulinante de pluie sale et d&#233;j&#224; mourantes, fin, comme si les &#233;toiles de pluie et de peine signaient pour toi un dernier d&#233;can, comme si cette nuit de roche pesante et la p&#233;nombre mate, comme si la fin, comme une fin, juste la fin juste ce mot, fin, pour finir, ce mot pour lequel tu proc&#232;des encore, dans ce noir et cette nuit, cette pluie ne finira-t-elle donc jamais, pluie, nuit pour finir et la nuit, enfin la nuit, cesse, cesse, il est temps de finir, marcher sale dans la nuit seule, finir les mots, meurs, meurs et meurs encore, disparais, pars enfin, cesser d'attendre le point de la fin, pour laisser tuer le mot, laisser, laisser, pour cesser, pour finir enfin.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour finir enfin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le son lointain d'une cloche nocturne r&#233;sonna dans la ville encore humide de la pluie enfin mourante.&lt;br class='manualbr' /&gt;Alors, il cessa de marcher.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#034;D&#233;j&#224; si tard&#034;, murmura-t-il.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et il partit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;28 mai 2001.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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